Édimbourg, 1828. À une époque où les écoles d’anatomie manquent cruellement de cadavres pour leurs dissections, deux Irlandais, William Burke et William Hare, se lancent dans un trafic macabre. D’abord simples voleurs de corps, ils deviennent rapidement meurtriers. En dix mois, ils assassinent seize personnes (des marginaux, des malades, des prostituées) et vendent leurs corps à un célèbre anatomiste, le Dr Knox, contre une dizaine de livres chacun. Leur méthode : étouffer sans laisser de traces, pour que les corps restent « utilisables ». Mais leur avidité finit par les trahir. Découverts après le meurtre d’une pensionnaire, ils sont arrêtés. Hare obtient l’immunité en dénonçant Burke, qui sera pendu en janvier 1829. Ironie du sort : son corps est disséqué publiquement. L’affaire scandalise le pays et conduit à une réforme législative majeure : l’Anatomy Act de 1832, qui met fin aux crimes de ce genre en autorisant l’usage des cadavres non réclamés à des fins scientifiques.
20 siècles de serial-killers
Depuis les prémices du XXème siècle jusqu’aux prédateurs numériques du XXIème siècle, les tueurs en série hantent les mémoires collectives. Leur profil fascine, effraie et interroge. Ce projet retrace les grandes figures criminelles, les évolutions des méthodes d’enquête, les réponses judiciaires… et les failles humaines.
Pierre-Olivier Chaumet est professeur d’Histoire du Droit et des Institutions à l’Université Paris 8. Ancien doyen de la faculté de droit et vice-président du Conseil d’administration, il conjugue engagement institutionnel, production scientifique et volonté de transmission au plus grand nombre. Spécialiste de l’histoire du droit pénal et de la criminologie, il consacre ses travaux aux grandes questions de justice et de transgression dans l’histoire. Auteur de plusieurs ouvrages de référence, il s’intéresse aussi aux figures marginales et aux comportements déviants, notamment à travers l’histoire des tueurs en série.
Dans cette perspective, il prépare actuellement une série de podcasts consacrée à ces criminels emblématiques, analysés à la lumière des mentalités et du droit de leur époque.
- Vincenzo VERZINI – le Vampire de Bergame
- Hugo SCHENK – Le chasseur de dots
- Joseph VACHER – Le tueur de bergers
- Edward RULLOFF – Le génie du mal
- William BURKE & William HARE – Les pilleurs de tombes écossais
- Martin DUMOLLARD – Le tueur de bonnes
MARTIN DUMOLLARD – LE TUEUR DE BONNES
WILLIAM BURKE & WILLIAM HARE – LES PILLEURS DE TOMBES ECOSSAIS
EDWARD RULLOFF – LE GENIE DU MAL
Né en 1820 au Nouveau-Brunswick, Edward RULLOFF est un criminel au parcours aussi brillant qu’effrayant. Autodidacte au QI exceptionnel, il s’illustre en linguistique, mais sombre dans une longue série de crimes. Après un premier détournement de fonds, il s’installe aux États-Unis, où il est soupçonné d’avoir tué sa femme et sa fille (leurs corps ne seront jamais retrouvés). Malgré un procès, il n’est condamné qu’à dix ans de travaux forcés. Il continue sa vie entre évasions, études et cambriolages, formant un trio criminel. En 1870, un vol tourne mal : un homme est tué, ses complices se noient, et Rulloff est arrêté. Reconnu coupable, il est pendu en 1871. Sa célébrité grandit en prison, notamment grâce à son cerveau hors normes (1673 cm³, l’un des plus gros jamais mesurés). Il reste un cas fascinant d’intelligence alliée à une violence meurtrière répétée.
JOSEPH VACHER – LE TUEUR DE BERGERS
Joseph Vacher, dit « le tueur de bergers », est l’un des premiers tueurs en série de la France moderne. Né en 1869, son enfance est marquée par la violence, la cruauté et une instabilité mentale croissante. Traumatisé par une opération chirurgicale et des échecs sentimentaux, il bascule dans une vie de vagabondage et de meurtres sauvages. Entre 1894 et 1897, il tue et mutile au moins onze jeunes victimes à travers la France. Arrêté après une tentative d’agression, il est rapidement identifié grâce à son apparence et à des témoignages. Bien qu’un premier expert le juge irresponsable, le juge Fourquet, persévérant, obtient ses aveux. Trois médecins, dont Lacassagne, concluent à sa responsabilité pénale. Son procès en 1898, marqué par des provocations et des tentatives de simuler la folie, se termine par une condamnation à mort. Il est guillotiné le 31 décembre 1898. L’affaire Vacher marque un tournant dans l’histoire de la justice : désormais, la monstruosité d’un crime n’implique plus automatiquement l’irresponsabilité pénale
HUGO SCHENK – LE CHASSEUR DE DOTS
Né en 1849 en Tchécoslovaquie, Hugo Schenk est un séducteur devenu tueur en série. Issu d’un milieu bourgeois, il abandonne une carrière militaire pour devenir un « chasseur de dots ». Grâce à son charme et de fausses identités, il piège des femmes seules, promettant le mariage avant de les voler. Condamné deux fois, il rencontre en prison son futur complice, Karl Schlossarek. Ensemble, ils assassinent au moins quatre femmes entre 1883 et 1884, souvent femmes de chambre, après les avoir attirées en pleine nature et dépouillées. Arrêtés en janvier 1884, les deux hommes sont pendus en avril. Schenk avait encore des projets de meurtres et entretenait une correspondance avec plus de cinquante femmes. Inspirateur présumé de Landru, son nombre exact de victimes reste inconnu.
VINCENZO VERZENI – LE VAMPIRE DE BERGAME
Né en 1849 à Bottanuco, Vincenzo Verzeni est l’un des premiers tueurs en série identifiés en Italie. Issu d’un milieu familial violent, il développe très tôt des comportements agressifs. Entre 1870 et 1871, il commet deux meurtres d’une grande brutalité, mêlant étranglement, morsures, mutilations et succion de sang. Arrêté, il avoue sans remords, évoquant même un plaisir sexuel lié à ses crimes. Étudié par Cesare Lombroso, il est qualifié de « sadique sexuel, vampire et dévoreur de chair humaine ». Condamné à la réclusion à perpétuité, il passe 30 ans en asile et en prison avant d’être libéré en 1902. Il meurt anonymement en 1918. Son cas reste emblématique dans l’histoire de la psychiatrie criminelle
